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Le paysage de Séguékho :
l'identification des segments du paysage par les Bassari...

Les questions concernant la perception du paysage sont abordées ici par le biais du langage : quels sont les mots et les expressions utilisés par les villageois pour parler des différentes facettes de leur "cadre de vie" ?

A l'échelle des segments de paysage, les Bassari de Séguékho distinguent (presque) autant d'unités paysagères que les géographes. Les critères de reconnaissance sont d'ailleurs les mêmes : ils font le plus souvent appel aux formes du relief et, moins fréquemment, aux associations des sols et de la végétation... Mais, bien sûr, les finalités sont différentes. Les géographes cherchent à définir la dynamique de ces segments de paysage, alors que Bassari se préoccupent surtout des ressources que ces segments peuvent leur procurer. C'est ainsi que la prise en compte des facilités de mise en valeur des vallées a une conséquence surprenante : les identifications deviennent beaucoup moins détaillées, comme si le fait d'être "utile" ou "inutile" effaçait tout autre découpage du paysage !

En fait, il y a ici confusion entre deux "échelles" de perception : celle d'un vaste arrière-plan, sans grand intérêt immédiat pour les Bassari, et celle de plusieurs milieux naturels qui offrent chacun des possibilités particulières. Cette hésitation entre une "perception objective" et une "perception utilitaire", perception qui changerait selon les endroits, s'explique en effet très facilement lorsqu'on analyse avec plus de détail (et en compagnie des Bassari du hameau de Sindakha) ce paysage sur le terrain...

E-tund : "les hauts reliefs" (indifféremment = les collines de Wayako, situées en dehors du terroir, mais aussi les plateaux cuirassés Shiakhis les plus élevés)

Shiakhis : "partie du plateau sur laquelle il n'y a pas de grands arbres à cause de la cuirasse ferrugineuse qui empêche les racines d'aller plus profond" (par extension = l'ensemble du sommet du plateau)

A-mboxran : "petite vallée étroite, rapprochée, cultivée" (vient de A-mbokhe : "ventre nourissier du village") (s'oppose à A-mor, situé en dehors du terroir : "petite vallée étroite, éloignée, boisée, non cultivée mais pouvant servir de terrain de chasse") (= vallées des plateaux cuirassés)

Inguew : "le bord du plateau Shiakhis en pente forte, où il y a des blocs de cuirasse et où l'on ne cultive pas" (= corniche)

A-ngaparan : "en bas du plateau Shiakhis, où il y a des sols gravillonnaires" (= haut versant)

E-den : "bas-fond, associé au plateau Shiakhis, où il y a des sols noirs et où poussent les bambous" (= bas-fond élargi)

A-ngeni : "terrain plat, où il y a souvent des sols sableux faciles à cultiver, même avec une charrue" (indifféremment = bas-versants des buttes cuirassées, sommets et versants des croupes aplanies)

Laar : "marigot, les bordures du marigot" (par extension = bas-fond à écoulement saisonnier durable et à nappe phréatique permanente)

I-pesa : "lieu où se concentrent les eaux de ruissellement" (= talweg)

.E-pën : "une source : un endroit sacré où l'on ne coupe pas les arbres, où l'on ne cultive pas..."


(d'après EH. A. Guèye SEYE, 1998)


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